Bilan de la lutte en faveur de la zone humide de Sallanches.

25 avr

Depuis le début des années 2000, une lutte s’est établie contre l’extension d’un centre commercial à côté de Carrefour à Sallanches, avec la prise en compte de la zone humide. Après l’épuisement des recours juridiques, nous sommes intervenus en tant que collectif de défense de la zone humide entre septembre 2017 et mars 2019.

Pendant un an et demi, nous avons réalisé un travail de veille et d’information autour de ce projet. Page Facebook, mais aussi et surtout tractage et campagnes d’affichages ont été le lot de notre activité militante. La presse locale nous a largement relayé et accompagné dans notre démarche.

Centralité écologique.

Certaines personnes ont exprimé leur regret quant au manque de prise en compte de la question de la mort du centre-ville dans notreIMG_4228 bataille. Il est certain que nous assumons d’avoir mis au second plan cette question du commerce local au profit de la mise en avant de la zone humide.

Ce choix n’était pas stratégique mais éthique et politique. Alors que les alertes scientifiques sur la destruction de la planète sont toujours plus nombreux ces dernières années, la population était-elle en mesure de se mobiliser sur cet enjeu, rien que cet enjeu ? Et pour répondre à cette question, nous avons généré des moyens de communication, fait de l’agitation et de l’information autour du rôle écologique fondamental des zones humides.

Enfin, mettre au second plan un aspect des choses ne signifie pas ne pas en parler. Notre mode d’ordre de « lutte pour un cadre de vie harmonieux et épanouissant » a toujours rappelé que « The Snow » n’était que le renforcement d’un mode de vie individualiste et superficiel, bien éloigné des aspirations démocratiques de la population locale.

Bataille juridique et mobilisation populaire.

Le travail juridique fut largement engagé par Yvonne Villaume et Denis Nouvellement alors que les recours étaient de plus en plus rejetés par le tribunal administratif de Grenoble. En effet, depuis la loi du 8 août 2016 dite « Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » toute destruction de zone humide est possible à condition de « compenser » la destruction.

La classification des zones humides est basée sur la cumulation d’eau momentanée ou régulière et de plantes hydrophytes (deux aspects qui avant juin 2017 n’avaient d’ailleurs pas besoin d’être cumulés). La zone humide de la Paccoterie relevait bien de ces deux critères mais aucune classification préfectorale ni municipale (PLU) n’a été faite. Or, en dehors de celles-ci, les inventaires « constituent de simples “porter à connaissance” et valent uniquement présomption d’existence de zones humides » (note technique du 26 juin 2017).

Donc, pour faire simple : la loi laisse libre activité aux capitalistes. C’est là que nous avons, en partie, échoué. Avec les recours de concurrence économique, nous avons espéré un blocage du projet et nous n’avons pas utilisé ce temps d’attente pour informer régulièrement sur le terrain la population de ce projet. C’est notre plus grand regret car cela aurait du être un moment pour élargir la mobilisation.signal-2019-02-17-154542

Malgré tout, trois rassemblements sont venus ponctuer les quelques mois précédents les travaux : 60 personnes pour le premier rassemblement dimanche 2 décembre 2018, 120 personnes le dimanche 6 janvier 2019 pour donner à Monsieur le maire la pétition de plus de 2 200 signatures, 20 personnes le 17 février pour la journée mondiale des zones humides (conférence de Ramsar) et enfin 80 personnes le dimanche 17 mars face à l’urgence de la situation.

Malheureusement, bien que réussie, la mobilisation n’a pas uni suffisamment de monde pour espérer bloquer, sur le terrain, le projet « The Snow ». Une minorité de personnes conscientes peut faire beaucoup de choses, mais elle n’est rien si elle n’a pas un soutien important sur le terrain. Or, une centaine de personnes mobilisées pour un bassin d’emploi de plus de 60 000 personnes reste bien trop trop faible pour espérer aller plus en avant.

Alors, à qui la faute ?

Alors, à qui devons-nous demander des comptes ? A Georges Morand et sa majorité municipale ? A Fabrice Dumartin, président des Arches Métropoles ? A Vinci-Construction-Terrassement, propriétaire de l’entreprise Benedetti-Guelpa ? A monsieur Pierre Lambert, préfet de Haute-Savoie et président de la Commission Départemental d’Aménagement Commercial ?

Bien sûr que toutes ces personnes sont responsables et que des comptes devraient leur être demandés. Mais ils appartiennent tous à une classe sociale dont la réussite et le pouvoir sont liés au système économique actuel.

C’est pourquoi nous parlons de lutte des classes. On ne « moralise » pas une classe sociale qui tire bénéfice de ce système économique. On s’y oppose, tout en élargissant la cause afin que la résistance devienne populaire et donc capable de grandes choses.

IMG_4194Mais, alors qu’en est-il de l’immense majorité de la population locale, tous ces salariés qui ne tirent pas directement bénéfice de ces puissances économiques ?

A ce titre, la responsabilité est aussi à rechercher dans une population laissant-faire le capitalisme. Combien de personnes étaient informées, mais n’ont pas saisi l’enjeu de la lutte ? Combien de personnes préfèrent finalement un « village commercial » à une zone humide ? Combien de personnes s’en sont remis, de manière bien conformiste, à la seule légalité ?

Or, comme le rappelait la Journée mondiale des Zones Humides 2019, une zone humide est un puits à carbone, c’est-à-dire qu’elle absorbe le surplus de dioxyde de carbone (CO2) grâce aux marais et aux plantes hydrophiles. Ce gaz à effet de serre accélère le réchauffement climatique, certaines formes de pollution de l’air, comme celle à l’Ozone l’été. De plus, comment ne pas voir que ce village commercial va accentuer la dépendance à la voiture individuelle, et donc les émissions de gaz carboniques ?

Dans une vallée où la grande majorité des gens se sent concerné par la pollution de l’air, quel dommage de ne pas avoir vu éclore un mouvement plus imposant…

 Des comptes à demander, il y en a donc pas mal et pas simplement au maire ! Et à l’inverse, nous saluons toutes les personnes qui sont restées fidèles à la bataille pour la zone humide. Ils et elles se reconnaîtront, avec une mention spéciale pour le collectif des Coquelicots de Sallanches.

Perdre une manche ne signifie pas perdre la partie !

Cependant, si notre mobilisation a échoué à sauver la zone humide, nous sommes satisfaits d’avoir pu diffuser des idées écologistes qui nous semblent précieuses. 

Bien souvent, la lutte pour les zones humides se fait absorber dans la promotion d’une agriculture alternative alors que ces écosystèmes sont précisément essentiels du fait de leur fonctionnement naturel, sans rapport avec l’activité humaine. 49449248_822758538081975_4569808244750417920_n

Éponge naturelle, elle régule donc le cycle de l’eau, avec une fonction vitale dans les bassins alpins où débute ce processus. Par conséquent, une zone humide est aussi un espace inter-connecté à la faune et la flore qui y est des plus riches.

Nous avons maintenu cette ligne comme chose non négociable dans notre combat et nous sommes heureux d’avoir pu aider quelques personnes à mieux cerner et comprendre ces écosystèmes, qui n’ont pas été éclipsés par un quelconque autre projet humain.

Cette conscience doit maintenant s’approfondir et s’aiguiser car perdre une bataille ne veut pas dire perdre la guerre. De nombreux combats nous attendent encore et il appartient à chaque personne mobilisée d’approfondir les luttes en reconnaissance de la biosphère.

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